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Réforme, formation professionnelle, RNQ, Datadock… Comment transformer ce contexte mouvant en opportunités ? (1/2)

 

Pour en discuter, nous recevons Florent Teyras, learning consultant à My-Serious-Game.

 

Retranscription écrite (ci-dessous)

 

Clément Horvath : Florent, peux-tu nous dire quel est le paysage de la formation professionnelle à l’heure actuelle ?

 

Florent Teyras : Le paysage de la formation est aujourd’hui étendu. On parle du paysage de la formation et de l’éducation. Ça regroupe un certain nombre de choses qui sont dorénavant inscrites dans la loi : la formation professionnelle continue, telle qu’on la connaît – c’est-à-dire la formation tout au long de la vie – la formation en apprentissage, les bilans de compétences, les VAE… Cette formation professionnelle continue a subi énormément de bouleversements ces dernières années. Ça a commencé en 2014 avec une très grosse réforme, une réforme structurelle qui s’est poursuivie jusqu’à la dernière réforme, la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel en 2018, qui renforce les premières étapes amorcées dès 2014. Qu’est-ce que cela sous-entend ? Ça sous-entend un certain nombre de bouleversements, un certain nombre de changements auxquels doivent faire face les organisations et l’ensemble des acteurs qui participent aujourd’hui au développement des différentes compétences professionnelles attendues.

 

On a des changements qui sont notés sur le plan politique, avec des actions fortes, en direction de projets tels que la lutte contre bien évidemment le chômage, les problématiques d’employabilité… et donc, des objectifs très généraux à intégrer par l’ensemble de ces acteurs. On a ensuite des bouleversements économiques. On a aujourd’hui une marchandisation de la formation professionnelle, avec des logiques qui sont bouleversées : on était dans une logique traditionnellement B to B, on bascule aujourd’hui dans une logique B to C avec l’explosion du développement du CPF. Avec le soin confié pour chaque particulier, en possession de son Compte Personnel de Formation, de pouvoir dorénavant acheter, en direct, ses modules de formation auprès des différents organismes. On a des bouleversements sociologiques qui interviennent aussi aujourd’hui, avec un changement de posture du formateur, des compétences qui changent pour ce formateur, on parle de « formateur augmenté ». Ce dernier passe d’un sage sur l’estrade, avec une position descendante – alors même si pas forcément, on avait déjà des pédagogies nouvelles – mais une posture effectivement de sachant, à une posture plutôt de passeur de connaissances et surtout de compétences, et donc plutôt une posture d’accompagnateur. On a ensuite des changements technologiques, on parle aujourd’hui, ce n’est plus une nouveauté, mais d’une explosion de la digitalisation, avec des statistiques qui prouvent qu’aujourd’hui, les organisations souhaitent développer très fortement ces principes de digitalisation.

 

On a ensuite des bouleversements écologiques, c’est-à-dire d’environnement, avec des entreprises qui souhaitent dorénavant industrialiser les formations, pour des coûts (des économies d’échelle bien évidemment), et surtout intégrer les changements qu’on a connus dans la société, des changements de temporalité. On peut se former dorénavant en situation de travail, pendant son temps de travail, hors de son temps de travail. Des bouleversements de spatialité : aujourd’hui, les organisations sont éclatées, on a des nouvelles modalités, du télétravail… Des organisations qui sont aujourd’hui très dispersées en Europe, dans le monde également, et dont il faut intégrer ces logiques énumérées. Et enfin, sur le plan légal bien évidemment, avec des réformes qui viennent jalonner l’ensemble de ces bouleversements sociétaux. On en a parlé avec une amorce en 2014, une mesure de l’efficacité des formations, un encadrement qualité de ces formations, qui a commencé par le Datadock, et qui se poursuit aujourd’hui avec l’attendu qu’on appelle RNQ Qualiopi, le nouveau référentiel qualité pour les organisations qui s’occupent de l’acquisition des compétences.

 

CH : RNQ, Datadock, tu peux nous définir un peu ces termes ?

 

FT : Bien sûr. Le Datadock était une logique amorcée en 2014 à travers la loi, qui a été précisée en 2015. L’objectif était de fournir un cadre d’attentes pour les organisations qui s’occupaient de la formation des salariés. On définissait autour de 6 critères les attentes qualité des organismes de formation. On était sur une logique particulière, en ce sens que les organisations déclaraient a priori ce qu’elles mettaient en œuvre pour participer à l’acquisition des compétences. Aujourd’hui, il y a un changement de paradigme : le RNQ, Référentiel National Qualité, vient bouleverser ces logiques. Il renforce les attentes en termes de qualité : de 6 critères et 21 indicateurs, on passe à 7 critères et 32 indicateurs. Il embrasse l’ensemble des organismes qui participent à l’acquisition des compétences.

On parlait de la formation professionnelle continue, cela vient impacter la formation en apprentissage, cela vient également impacter les centres de VAE et les centres de bilans de compétences. Et la logique est changée, puisque dans le Datadock nous déclarions, a priori, l’ensemble des attentes qualités ; Aujourd’hui il faudra montrer patte blanche préalablement et avoir un label qualité pour continuer à dispenser des actions de formation professionnelle continue, dans un cas spécifique, c’est-à-dire que sont concernés par le RNQ les organismes de formation bénéficiant des fonds publics, bénéficiant des fonds mutualisés. Mais on voit que comme avec le Datadock, les organisations s’étaient emparées de ce critère qualité pour venir faire le tri dans les prestataires de formation, il y a fort à parier que le RNQ suivra cette même logique, et que les organisations souhaiteront que les organismes de formation avec lesquelles elles travaillent soient détenteurs d’un label « compliant » avec les attentes RNQ.

 

CH : Dans ce nouveau contexte, comment on tire son épingle du jeu ?

 

FT : Alors, on vient de parler de l’ensemble des changements contextuels qui avaient impacté l’ensemble du paysage de la formation continue. On voit un certain nombre de tensions, et de choses que les organisations doivent prendre en considération, des questions auxquelles elles doivent répondre. Moi je me propose de refaire ce même principe.

 

On parlait tout à l’heure de changements politiques, qui étaient venus impacter, bouleverser les logiques de formations professionnelles continues. Sur ces changements politiques et comment former aux compétences de demain au cœur des organisations, on a une tension particulière. On a des statistiques, que tu connais Clément, qui disent qu’on a un certain nombre de compétences de demain qui ne sont pas encore connues. Comment, donc – et la question est un peu cornélienne – former aux compétences de demain au cœur des organisations, en allant chercher à l’extérieur la personne qui va former aux compétences de demain. C’est très particulier, c’est cornélien, on est un peu sur une logique de serpent qui se mord la queue.

 

La logique et les organisations travaillent aujourd’hui à l’internalisation de cette formation. Ça suppose éventuellement de recruter des formateurs en interne et de faire monter en compétences des experts métiers, des séniors, et on basculerait vers le champ de la formation. C’est une première logique. La deuxième logique, qui semble celle plutôt privilégiée, est de travailler sur des logiques d’organisations apprenantes, et de faire monter des experts métiers, des détenteurs de savoirs, vers la transmission des compétences. Ça suppose par contre qu’il y a une formation à apporter, ces experts métiers connaissent parfaitement leur métier, leur domaine de compétences – ceci étant, le métier de formateur est un autre métier, il faut intégrer ces compétences.

 

La deuxième logique, ce sont les changements économiques. On parlait tout à l’heure de la marchandisation de l’économie, du CPF qui explose… Les actions de formation telles qu’elles sont construites aujourd’hui ne peuvent pas subsister. On est sur des parcours très longs. Le CPF a une enveloppe qui est restreinte, il y a donc une logique de modularisation à initier. Et cette logique de modularisation ne se fait pas de manière rapide et basique, on ne saucissonne pas les savoirs, on ne prend pas un socle, par exemple une action de formation qui comprend 700 heures et on vient la tronçonner : ça ne fonctionne pas comme ça. Il y a des ré-ingénieries à initier. Et donc, des ingénieurs formation, des ingénieurs pédagogiques qui doivent travailler sur la mise en conformité de l’ensemble des offres de formation.

 

On a des changements sociologiques, on en parlait tout à l’heure, des formateurs qui augmentent leurs compétences. De manière naturelle, un formateur qui préalablement ne se concentrait « que » sur la préparation de son action de formation puis la réalisation de cette prestation en face à face pédagogique, doit aujourd’hui intégrer de nouvelles compétences. Il doit être ingénieur de formation pour prendre en considération les objectifs, les contextes et les attentes des organisations. Il doit aussi faire de l’ingénierie pédagogique, éventuellement aujourd’hui avec le digital, et donc intégrer ces compétences de conception pédagogique digitale. Il ne doit pas s’arrêter là. Il doit diffuser son action, et donc la diffusion à travers une logique digitale est particulière, elle s’apprend. Il doit ensuite réaliser l’évaluation. Il doit piloter son action, c’est-à-dire que s’il est par exemple, formateur indépendant, il a une logique commerciale qui vient dorénavant impacter son métier. Et il doit apporter des gages de preuves d’efficacité de ses actions à travers la fourniture de différents indicateurs.

 

Enfin, sur les organisations, on parlait de ces logiques d’industrialisation, il y a des tensions et des formes d’injonctions paradoxales qui viennent frapper les organisations. On leur demande d’industrialiser les formations d’un côté, elles ont ce besoin, pour diffuser de manière large, en tenant compte des bouleversements de temporalité, de spatialité. Donc une logique très forte d’industrie de production en masse de contenus digitaux. Et on doit, en même temps, réaliser les attentes de la loi, c’est-à-dire individualiser, rendre les formations propres aux objectifs de chacun. On est là sur une tension particulière qui est à résoudre.

 

Et donc il y a une nécessité de construire des dispositifs complets de formation, qui s’adaptent aux changements de spatialité et aux changements de temporalité, des rubans pédagogiques qui doivent être mis en parallèle pour qu’ils puissent correspondre à M. X, Mme Y, en même temps. Et donc le digital ici peut revêtir une forme d’opportunité parce qu’il offre cette flexibilité. Ceci étant, attention, le digital est un moyen, ce n’est pas une méthode, et donc il faut travailler avec méthode et réaliser l’enjeu de ce qu’on appelle aujourd’hui le « sans couture », le « sans rupture », et proposer des dispositifs pertinents et harmonisés.

 

CH : Et la solution, du coup ?

 

FT : Alors, la solution, chez My-Serious-Game, on pense la détenir. My-Serious-Game est un cabinet de formation proposant une offre qu’on appelle End-to-End, c’est-à-dire de bout en bout, proposant un accompagnement de nos clients en fonction de leur degré de maturité sur les projets digitaux. Nous le voyons quotidiennement, nous démarrons avec des phases de conseil. Conseil en stratégie sur des grandes questions : comment initier une stratégie de digitalisation dans mon organisation ? C’est quelque chose qui ne s’improvise pas, qui se réfléchit, se précise et se construit. On les accompagne aussi sur l’ingénierie de formation et l’ingénierie pédagogique, la conception. Et on réalise des dimensionnements, des cahiers des charges formation. On réalise ensuite des projets en accompagnement, avec de la création complète de solutions de digital learning.

 

On a réfléchi, forts de cette expérience, à la manière pour nous de transférer ce savoir et de l’offrir aux organisations et aux formateurs. Et donc on a réfléchi à un produit, à une solution, un écosystème qui s’appelle aujourd’hui EdMill, et qui part de la problématique suivante : réfléchir cette ingénierie de produits comme une ingénierie de formation. En ingénierie de formation on intègre l’ensemble des contextes, l’ensemble des besoins, et on s’est focalisé sur la cible particulière que sont les organisations et les formateurs : comment former les organisations et les formateurs à l’ingénierie de formation et à la conception de produits digitaux efficaces et compliant avec les attendus réglementaires (le fameux RNQ) ? On a pensé cette ingénierie de formation en se disant la chose suivante : on va les former à la conception de formations digitales efficaces et on a les former à cela en utilisant les leviers habituels qu’on utilise chez My-Serious-Game, à savoir les principes de pédagogie active et les principes de learning by doing. Apprendre en faisant.

 

On a donc construit une solution, un écosystème, proposant un outil auteur qu’on appelle intelligent, avec un moteur de conseil qui accompagne, qui guide le formateur dans l’ensemble de l’intégration à la fois de ses préceptes de conception digitale, d’attentes et de conscientisation sur les indicateurs qui sont attendus par la loi, et un dispositif qui s’appelle LMS pour permettre de diffuser. On a intégré également au cœur de cet outil un ensemble d’outils permettant au formateur de piloter son activité pédagogique. Ce qui a été particulier pour cet outil EdMill, c’est qu’on a intégré l’ADN de My-Serious-Game, qui était de préserver la valeur humaine, et donc de remettre l’humain au centre. On a certaine fois des craintes, par rapport au digital, on a des technophobes. On a par contre des personnes très emballées par les potentialités du digital, que sont les technophiles. Nous on a souhaité être technosophes : ne confondons pas outils et méthodes, accompagnons les formateurs et les organisations vers la conception de produits digitaux efficaces. Et c’est donc ce qui a été fourni à travers la construction de la solution et de l’écosystème EdMill.

 

CH : Et si tu devais définir cette solution en une phrase ?

 

FT : Alors, en une phrase, moi je dirais qu’EdMill est l’écosystème intelligent qui permet d’aborder de manière sécurisante, stimulante et intelligente la conception de produits digitaux.

 

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